SEQUENZA live

Chloé & Vassilena Serafimova

Débutée sur un one shot en 2017, la collaboration entre la compositrice et productrice de musique électronique française et l’instrumentiste d’origine bulgare se prolonge en live et en studio.

Un duo inédit entre machines et percussions, électronique et acoustique qui se conjugue au futur.

Proche des initiatives de l’Ircam pour lequel elle a réalisé une performance interactive, on sait Chloé à l’écoute des musiques exogènes à son milieu électro/club d’origine. Avec Vassilena Serafimova, elle a créé un projet en duo qui déjoue les a priori sur les musiciens électro. À l’origine, cette collaboration est censée relever de l’éphémère, à l’occasion d’un live filmé pour CultureBox, la plateforme de replay de France Télévisions. Le collectif Sourdoreille a initié, le temps d’une soirée, un live en duo constitué  de l’instrumentiste “classique” et de la productrice électronique, un hommage à la composition emblématique de Steve Reich Music for 18 Musicians : «c’est là qu’on m’a proposé de rencontrer Vassilena se souvient Chloé. À ce moment-là, je finissais mon album et notamment The Dawn qui allait chercher vers ces sonorités du marimba ».

Suite à cette rencontre, le duo décide de prolonger cette collaboration.

Duo électronique/acoustique

Vassilena Serafimova a été formée au CNSMD de Paris, à la Juilliard School à New York, après avoir terminé la classe de percussion de son père en Bulgarie. C’est une musicienne de haut niveau qui a remporté les plus grands concours internationaux pour son instrument, se produit en soliste et chambriste dans de nombreuses formations et festivals. Co-directrice artistique du Festival International de Marimba et Percussions de Bulgarie et de l’ensemble Paris Percussion Group elle est en outre ouverte aux collaborations comme celle avec le pianiste de jazz Thomas Enhco (signant un album en duo en 2016 pour Deutsche Grammophon). Face à l’autodidacte Chloé, l’alchimie prend immédiatement, alimentée par la complicité humaine qui s’établit entre les deux musiciennes. «Chloé est ma toute première collaboration avec une personnalité de la musique électronique, même si j’ai déjà interprété des pièces de musiques électroacoustiques. Mais ça n’a jamais été aussi concret qu’avec elle, c’est totalement nouveau pour moi, un véritable champ d’exploration ». La musique de Steve Reich, qui lançait la collaboration, constitue un langage commun, duquel elles se sont peu à peu détachées : «Reich est le lien le plus évident entre musiques électroniques et musiques savantes explique Chloé. C’était un point de départ, un prétexte, pour aller ailleurs. L’idée a ensuite été de s’en éloigner… ».

Live from Studio Venezia

C’est à l’occasion d’une invitation au Studio Venezia, dispositif du Pavillon Français à la Biennale de Venise 2017, conçu et programmé par l’artiste contemporain Xavier Veilhan, notamment avec l’aide matérielle et technique du producteur Nigel Godrich (Radiohead, Beck, U2, Air) qu’elles ont l’opportunité d’approfondir cette collaboration. Pendant six jours, elles enregistrent leurs morceaux et construisent parallèlement un live d’une heure. « Dans ce live figurent peu de pré-enregistrements précise Chloé. Le principe est la fabrication des morceaux autour de structures organisées et désorganisées, car je sample constamment Vassilena en direct». Entre Chloé et Vassilena, la manière de composer, de travailler, de trouver des modes opératoires évolue. La collaboration n’est plus un épisode temporaire, aussi abouti qu’il soit, mais devient un vrai projet commun. « C’est une collaboration qui m’élève, me grandit s’enthousiasme Chloé. Vassilena est assez ouverte à l’expérimentation pour laisser place à un partenaire qui va bousculer ses codes les plus académiques. Et puis elle a toujours beaucoup d’idées et d’énergie, sa façon de jouer est très inspirante». Le caractère à la fois rythmique et aérien du marimba, l’alliance avec les beats et les programmations rejoint des registres qu’on retrouve autant dans la B.O. du Solaris de Steven Soderbergh par Cliff Martinez, chez Pantha du Prince ou dans des albums électroniques récents comme Simian Mobile Disco (Murmurations en 2018).  « Le marimba est la percussion à clavier qui offre le plus de possibilités avec ses cinq octaves, comparé au vibraphone, le son du bois m’attire plus que le son du métal, il est plus chaud, plus organique, il permet une grande expressivité » explique Vassilena.

Work in progress

Très motivé par ces premiers jalons et l’engouement que le projet suscite, le duo a travaillé à  un 45t vinyle paru à l’occasion du Disquaire Day/Record Store Day dans le cadre des Session Unik (produit par l’Adami et Radio France). Cette parution comporte un titre très rythmé (Balani), un autre plus climatique (Dvé Hubavi Otchi) enregistrés à la Maison de la Radio, directement sur vinyle et sans retouches. Aujourd’hui, malgré des agendas souvent surchargés, Chloé et Vassilena préparent un album entier pour mettre à profit toutes les passionnantes pistes de création qu’elles ont ouvertes ces derniers mois, et un processus de travail qui s’est aguerri au fil des sessions, pour se forger une identité acoustique/électronique très portée par l’expérience live. Vassilena évoque ce sujet avec l’expertise d’une musicienne savante accomplie : «Chloé aime jouer avec les erreurs pour créer, c’est très typique des jazzmen et improvisateurs. Au début nous avons d’ailleurs commis des erreurs mais nous avons su les transformer en de vraies idées musicales… On a su être flexibles et ouvertes ». Chloé confirme cette impression et la capacité de cette collaboration à décloisonner les genres musiques savantes/musiques club : « cette collaboration m’a un peu changée du côté de la performance. Dans ce live, je puise ma matière musicale dans le jeu de Vassilena, avec des boucles, des effets. Ça m’oblige à être en permanence dans l’écoute et la réinterprétation. Dans ce sens-là, la musique électronique n’est plus seulement un genre, c’est un outil qui permet d’ouvrir d’autres univers».